L’affordance est un terme peu connu des non spécialistes de l’ergonomie. Comme c’est une notion qui me parait importante en webdesign et ayant un lien avec le graphisme des interfaces web, j’ai décidé de lui consacrer un article.
Pour rentrer dans le vif du sujet, voici une définition courte du mot « affordance »: l’affordance est la qualité d’un objet à suggérer son utilisation. L’ergonome, Amélie Boucher, définit l’affordance comme étant les possibilités d’action suggérées par les caractéristiques d’un objet. Ce qui signifie, dans d’autres termes, la même chose.
L’affordance est une notion importante en ergonomie car elle facilite le travail cognitif des internautes. Plus un élément est affordant, plus l’internaute peut anticiper son comportement et son utilité.
Quel rapport avec le webdesign me direz-vous ?
Sur le web, les objets sont virtuels, ils sont représentés graphiquement. Le graphiste peut donc directement intervenir sur l’affordance d’un élément web. En effet, l’apparence des objets va participer à son affordance en jouant sur différentes dimensions tel que la forme, la couleur, sa localisation dans l’interface, la présence d’éléments indiçant la présence d’un lien, sa mise en évidence pour faciliter son repérage. Il faut aussi s’intéresser au comportement de l’objet lorsqu’il est sollicité car cela participe également au renforcement de son affordance.
Les éléments qui ont besoin d’une affordance forte dans une interface web sont les éléments avec lesquels l’internaute va interagir. On peut donc citer: les boutons, les liens hypertextes, les menus, les éléments de formulaire et plus généralement tous ce qui est cliquable.
Lorsqu’un internaute arrive sur un site qu’il n’a jamais vu, comment sait-il ce qu’il doit faire pour répondre le plus rapidement possible au besoin qui l’a amené sur ce site ?
Tous simplement en reconnaissant, grâce à son expérience du monde réel, des indices qui l’informeront sur l’utilisation des objets présents dans l’interface.
Les facteurs qui vont permettre à l’internaute de percevoir l’affordance d’un objet sont :
Tous ces facteurs pourront être influencés par le traitement graphique de l’objet et c’est là que le travail du graphiste intervient.
Prenons un exemple simple, le traitement graphique d’un formulaire de contact. Nous le représenterons par quatre champs textes « nom-prénom(obligatoire) », « e-mail (obligatoire) », « téléphone », « sujet », un champ textarea « votre texte » et un bouton « envoyer le message ».
Voici un formulaire exagérément et volontairement peu affordant:

J’ai un peu forcé le trait et il y a peu de chance que vous trouviez, dans la réalité, un formulaire de contact aussi mal conçu. Mais si j’ai dessiné un formulaire à ce point « mal foutu » c’est pour mieux mettre en évidence les changements subtiles qui peuvent améliorer l’utilisabilité.
Alors, comment améliorer l’affordance de ce formulaire par un traitement graphique ?
(Quand je parle ici de traitement graphique, je pense au dessin des éléments du formulaire mais aussi à sa mise en page et à la mise en place d’éléments qui favorisent la perception de son utilisabilité.)
Voici ma proposition graphique:

Comme vous le constatez, l’utilisabilité de ce formulaire est davantage intuitif pour l’internaute que le précédant. Énumérons les changements graphiques qui ont permis cela:
Pour la mise en page, j’ai utilisé une grille afin d’aligner les éléments qui constituent le formulaire. Ces alignements structurent le visuel et facilite la lecture des informations. Un formulaire est typiquement le genre d’interface qui nécessite un peu de rigueur dans sa présentation pour favoriser son utilisabilité. En travaillant à partir d’une grille, j’applique le principe de continuité de la théorie de la Gestalt. Comme vous le verrez plus loin, d’autres principes de cette théorie seront appliqués dans le design de ce formulaire.
Certains éléments sont traités, graphiquement, de manière similaire. Cela permet d’établir un lien entre ces éléments pour indiquer à l’internaute que les objets qui se ressemblent ont probablement une fonction similaire où une importance hiérarchique équivalente. Il s’agit ni plus ni moins d’appliquer le principe de similarité de la théorie de la Gestalt.
En travaillant sur des formes connues, j’augmente l’affordance des éléments. Un bouton est souvent représenté rectangle. Si je le dessine en forme d’étoile, son utilisation sera perçue de manière moins évidente par l’internaute. Cela peut paraitre contraignant pour la créativité mais le design web n’est pas toujours un acte de création pur. Le web design doit s’inscrire dans un contexte et des contraintes d’ergonomie et d’utilisabilité. Le design web doit donc savoir jongler entre esthétisme et normes d’usages.
La taille des champs de formulaire doivent être suffisante pour suggérer leur utilité. Si le champs est trop court, l’utilisateur se demandera si il correspond bien à l’idée qu’il se fait de son utilité. Par exemple, si un champ « téléphone » fait une taille équivalente à la saisie visible de 4 caractères alors qu’un numéro de téléphone en occupe au minimum 10, le doute s’installera.
Vous aurez aussi remarqué la taille importante du bouton « Envoyer le message ». Je l’ai un peu exagéré ici mais c’était pour illustrer la loi de Fitts qui dit que « Une cible est d’autant plus rapide et facile à atteindre que celle ci est proche et grande. » Il convient donc aussi, pour faciliter le clique de l’internaute, de placer ce bouton suffisamment proche du dernier champs à priori saisi, le textarea « Votre texte ».
Enfin la taille du texte doit permettre une lecture aisée. Plus l’information a de l’importance, plus la taille du texte sera grande. Jouer sur ce facteur est une des solutions (il y en a d’autres) pour établir une hiérarchisation de l’information.
Le couleurs sont porteuses de sens. Lorsque j’utilise le rouge et le jaune pour le message d’erreur, c’est parce que ces couleurs sont remarquables et associées dans notre imaginaire au danger et aux objets de signalétique.
Les arrières plans doivent être de préférence de couleurs neutres (éviter les couleurs trop saturées) pour ne pas rentrer en compétition avec les éléments importants de l’interface. Gardez les couleurs vives pour attirer l’attention de l’utilisateur (messages d’erreur, titres …).
Vous pouvez aider la compréhension du message en utilisant des éléments qui serviront d’indices. Il peut s’agir de puces, de flèches ou d’icônes. Ici j’utilise une lentille jaune avec un point d’exclamation pour indiquer à l’internaute que le message affiché réclame toute son attention.
Les exemples du format de saisi des champs du formulaire (ex: champ téléphone) peuvent être de précieux indices pour éviter à l’internaute de se tromper et de recommencer sa saisie.
Les libellés textes doivent être explicites sans être trop longs. Sur le plan graphique, la couleur du texte doit être lisible en établissement un rapport de contraste suffisant avec son arrière plan.
L’utilisation du contraste permet de faire ressortir certains éléments. Dans mon exemple, j’ai utilisé le contraste pour attirer l’attention de l’internaute sur les titres qui jouent un véritable rôle de panneau indicateur. Cela permet de répondre rapidement aux questions: Ou suis-je ? de quoi s’agit-il ?
Ici, j’ai essentiellement créé du contraste en jouant sur la couleur et la taille des éléments.
Des simulations 3D par des effets de dégradés et d’ombres portées font ressortir les cadres et le bouton.
En donnant du volume au bouton, j’augmente son affordance car j’incite l’internaute à cliquer dessus. En effet, nous avons tendance à appuyer ou à toucher tout ce qui est proéminent. (Attention, votre imaginaire s’égare !)
En laissant respirer la composition par la présence d’espaces, je facilite la lecture du formulaire. Cela me permet aussi d’appliquer le principe de proximité de la théorie de la Gestalt. Par exemple, les libellés des champs sont proches des espaces de saisies qui leur correspondent. Chacun des binômes « libellé-champs de saisi » sont suffisamment espacés les uns des autres pour ne pas apporter d’ambigüité lors de la prise d’information visuelle.
Comme vous l’aurez probablement remarqué, tous ces principes graphiques sont d’une évidence et d’une simplicité déconcertante.
Alors, pourquoi en parler ?
Parce que, malgrès ce constat, il arrive encore de trouver des pages web dont le design ne tient pas compte de ces évidences.
Pour pouvoir les mettre en œuvre, encore faut-il y penser au moment de la réalisation des maquettes graphiques. Et pour penser à ces principes simples, il faut commencer par les connaitre pour en prendre conscience dans vos futures créations.
Sources:
- Ouvrage « Ergonomie web. Pour des sites web efficaces » – Amélie Boucher – Edition Eyrolles
- Sur le site web Motive, l’article: Perceived affordance
18 commentaires
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le 27.10.08 (12:44)
Un bel article avec un exemple graphique commenté très éfficace.
Après ça, fini les boutons « Ok » …
le 27.10.08 (13:16)
Merci Marc,
… et comme tu le voies, le cours avance
le 28.10.08 (21:12)
Très bon article simplement on dit « Une Astérisque » et non « Un Astérix », mais rassure toi cela m’a fait beaucoup rire !
le 28.10.08 (23:40)
@Jon
Merci Jon pour la coquille, ça prouve que tu as tout bien lu.
Je vais regarder si j’ai gardé le fichier original pour corriger.
J’ai un lourd passé sur l’orthographe avec parfois des réminiscences ce qui me permet de sortir de temps en temps ce genre de merveille linguistique
le 29.10.08 (20:23)
Rien de bien grave !
J’ai moi aussi de petits soucis en orthographe !
D’ailleurs ça me fait rire que tu parles de coquille car à la base c’est une lettre en trop ou en moins d’où le non co(q)uille !
le 30.10.08 (09:26)
Effectivement super intéressant votre article!
Je découvre votre site et je ne manquerais pas d’y revenir !
le 30.10.08 (14:19)
Merci pour tous ces rappels, tous ces exemples, on oublie souvent les choses les plus évidentes. Pixenjoy? une vraie mine d’or
le 30.10.08 (23:56)
Gilles,
Suite au commentaire de Jon, pense à modifier la partie contact de ton site : « Vous pouvez me contacter à partir des coordonnées indiquées ci-joint ou via ce formulaire de contact.
(Les champs marqués d’un asterix (*) sont requis.) »…
Il semble que cet Astérix soit une Idéfix chez toi
See You Soon
le 31.10.08 (10:17)
Je suis faible en orthographe mais je reste cohérent, c’est déjà ça
Comme vous n’avez pas l’air d’apprécier Gossini j’abandonne mon asterix contre une astérisque.
Correction faite dans le formulaire de contact.
Merci Romu pour ta vigilance, et encore félicitation pour ton augmentation.
le 31.10.08 (18:39)
Bonjour,
Votre article est bien mené, mais je me permettrai quelques critiques concernant votre exemple graphique, dans le but de faire avancer le débat bien évidemment
La séparation graphique entre les champs de la zone « identité » et ceux de la zone « message » me parait trop fortement marquée. Cela pose éventuellement souci car visuellement, les deux zones pourraient être des formulaires distincts, et l’on cherche alors le bouton d’action sous la première zone.
Ensuite, lorsque la majorité des champs sont à remplir obligatoirement, on préfèrera signifier le caractère optionnel (entre parenthèses, discrètement) plutôt que d’ajouter une astérisque presque à chaque ligne.
Enfin, il n’y a aucune justification ergonomique à aligner le titre de chaque zone « identité » et « message » à droite, alors que leurs contenus sont alignés à gauche.
La critique est aisée, j’en conviens, mais soyez assuré de mon opinion positive sur votre travail.
Bien à vous,
le 31.10.08 (18:41)
Je me permets également d’inviter tous les lecteurs intéressés de ce billet à poursuivre leur pérégrination numérique en passant sur l’excellent site de LukeW, spécialiste international de la conception des formulaires.
http://www.lukew.com/ff/
Bien à vous,
le 31.10.08 (22:14)
Bonjour Etienne,
Merci pour ces remarques constructives.
« La séparation graphique entre les champs de la zone “identité” et ceux de la zone “message” me parait trop fortement marquée. »
> Je me suis moi même posé la question donc votre critique conforte mes intuitions à ce sujet.
« lorsque la majorité des champs sont à remplir obligatoirement, on préfèrera signifier le caractère optionnel (entre parenthèses, discrètement) plutôt que d’ajouter une astérisque presque à chaque ligne. »
> C’est noté. Je n’ai personnellement jamais rencontré ce cas mais je saurai m’en souvenir.
« Enfin, il n’y a aucune justification ergonomique à aligner le titre de chaque zone “identité” et “message” à droite, alors que leurs contenus sont alignés à gauche. »
> Je suis d’accord mais est ce que ma justification à droite diminue l’ergonomie du formulaire, il ne me semble pas ?
Je confirme, Luke Wroblewski est une référence dans ce domaine. Je vous conseille également son ouvrage Site-Seeing qui est une bonne introduction à l’utilisabilité web.
le 03.11.08 (13:37)
Ah et je me permets d’ajouter ceci. J’invite toutes les personnes intéressées à poursuivre leur pérégrination sur le blog du référent international en matière de conception de formulaire : Luke W. http://www.lukew.com/ff/index.asp
Bien à vous,
le 27.11.08 (19:04)
Affordance aah !
Merci pour le temps employé à la rédaction de ces articles complets.
Et je confirme, allez voir le blog de Luke W.
le 10.02.09 (21:01)
Très bon article.
Pour continuer dans l’amélioration collaborative de ton formulaire d’exemple initiée par Étienne, voici une toute petite remarque : le champ de saisie du nom de l’expéditeur indique « Nom – prénom » et tu saisis « Gilles Vauvarin ». T’es tu toi-même fait prendre au piège de ton propre formulaire ?
le 10.02.09 (23:01)
Bien vue Niko ! Oeil de Lynx tu as …
le 31.03.09 (14:32)
Je suis camerounais résident au Cameroun.
Je suis une formation professionnelle en graphisme.
Les informations recueillies sur votre site arrive à résoudre 90% de mes préoccupations.
Je suis fasciné par votre démarche explicative et par la simplicité avec laquelle vous transmettez, et de manière très efficace, des connaissances précises dans des domaines aussi vastes, pronfonds et quasi abstrait.
Votre site est la clé qui ouvre les portes sur un nouveau champ de perception de l’art moderne.
Merci pour tout.
le 20.05.09 (18:56)
Bonjour et bravo.
Il ne me reste qu’à ajouter une remarque sur les site à rédiger en code propre (xHTML et CSS).
PS : « sur un site qu’il n’a jamais vue, » doit être remplacé par « sur un site qu’il n’a jamais vu, »