Interview de Thibaut Hofer
Si vous vous intéressez à ce qui se passe en graphisme sur le net, vous êtes probablement tombé un jour sur un projet auquel Thibaut participe. J’ai l’habitude d’interviewer des freelances, Thibaut Hofer ne l’est pas mais son engagement dans plusieurs initiatives a attiré mon attention.
Ce qui m’a également incité à contacter Thibaut c’est son engagement dans la promotion et la pratique des logiciels libres de graphisme.
Bonjour Thibaut, peux tu te présenter en quelques lignes.
Thibaut HOFER, nancéien, 27 ans. FeIZocE sur le web. J’ai fait 4 ans d’études de com assez redondantes et théoriques, difficilement applicables professionnellement, dont l’intérêt essentiel est, pour moi, la possibilité de faire des stages. C’est grâce à ces stages que j’ai pu faire mes premières armes, auprès de talentueux graphistes, avec les logiciels PAO dans des projets réels et concrétisés sur un vrai support! Il n’existe rien de plus formateur, à mes yeux, pour un étudiant. Reste à trouver les bons stages, et je dois avouer que j’ai eu de la chance.
Peux tu nous expliquer en quoi consiste ta profession.
J’ai pour mission principale la réalisation (rédaction, illustration et mise en page) d’un magazine de 28 pages en moyenne (il a dépassé les 80 – mais je n’ai contribué à aucun texte sur ce numéro) encarté d’une affiche, édité au niveau national à 11 000 exemplaires, pour une population très ciblée. En 5 ans, nous sommes passés d’un trimestriel à un bimestriel: une fois que la démarche est fixée, le planning est gagnant.
Je réalise aussi ponctuellement des livrets, fascicules et divers autres supports de communication traditionnels. Je n’en dirai pas plus, discrétion professionnelle oblige.
Sur quel environnement travailles tu au bureau et avec quels logiciels.
Essentiellement des logiciels propriétaires, même si j’essaie de plus en plus d’inclure dans mon quotidien pro des logiciels libres. Dans l’évolution, le support logiciel est passé de Quark XPress 4.03, Photoshop 6 et Illustrator 9 à la suite CS2 pour le print. Comme dans pas mal de boîtes, InDesign a supplanté XPress en termes de practicité et de coût.
Et chez toi quel est ton environnement et les logiciels que tu apprécies.
J’ai aussi la suite CS2 (qui correspond à la seconde clé professionnelle d’installation) avec Windows XP: c’est d’ailleurs la raison quasi-unique pour laquelle je garde un pied là-bas. Et j’ai partitionné pour pouvoir profiter d’un environnement Linux (Mandriva, qui s’est diablement améliorée ces deux dernières années), évolutif, gérable, stable, ouvert, avec des logiciels eux aussi de qualité comme Gimp, Inkscape et Scribus.
Tu as une expérience des logiciels libres et des logiciels propriétaires, pourquoi t’intéresses tu au logiciel libre.
Je trouve que l’infographiste manque de choix. Les alternatives sont peu nombreuses, en raison de la stratégie monopolistique d’Adobe (le rachat de Macromedia notamment), et souvent pas à la hauteur. Les tentatives de Microsoft pour intégrer le monde pro de la PAO ne font que confirmer l’idée que le secteur attire les gros brasseurs d’argent, généralement les mêmes qui laissent le moins de choix à leur public. Dommage avec des logiciels d’une telle qualité.
Quel est ton sentiment sur le niveau des logiciels libres par rapport aux logiciels propriétaires.
Je ne cherche pas à savoir « qui fait mieux que quoi ». Se lancer dans des comparaisons techniques est généralement très subjectif, et pour cause! La qualité d’un logiciel se résume à ce qu’on en fait. Comparer les qualités/défauts d’Illustrator et Inkscape, par exemple, me rappelle qu’un excellent logiciel, Freehand de Macromedia, a injustement souffert d’une trop grande mésestime de la part d’une majorité d’infographistes. Si, à l’époque, davantage de moyens avaient été mis en œuvre pour sensibiliser aux avantages de Freehand, je pense que les graphistes auraient aujourd’hui une alternative au monopole adobien. C’est la question du choix qui est importante à mes yeux: pouvoir choisir son logiciel en fonction de son activité, de son appréhension de l’environnement de travail, de son coût aussi (même s’il ne faut pas perdre de vue que « libre » n’implique pas la gratuité!), et même de son ouverture (notamment au niveau de l’échange interlogiciel).
Penses tu que les logiciels libres de graphisme pourraient être utilisés dans un contexte professionnel.
Bien sûr! De plus en plus d’infographistes se servent de logiciels libres dans leur profession. Un exemple: All-Pixels.com. Un site dont je recommande la visite, parce que Fred, son créateur, utilise le libre dans son quotidien d’indépendant, et qu’il propose un WIP (Work In Progress) de son travail intitulé « Calaos dev report ». C’est rare de pouvoir suivre un infographiste dans sa progression vers un produit fini!
Pour faire le tour des logiciels les plus courants:
- Blender, sans doute le plus renommé des logiciels graphiques libres, couramment utilisé par les développeurs de jeux, et qui a donné naissance à deux films libres: Elephant dreams et récemment Peach.
- Gimp, également très connu, et dont la qualité n’est plus à démontrer, est surtout utilisé par les webdesigners, étant donné qu’il ne gère (toujours!) pas la séparation des couleurs CMJN. Ca viendra…
- Inkscape, très intuitif, et auquel,contrairement à Gimp devant Photoshop, on ne peut pas reprocher une éventuelle ressemblance avec Illustrator. Je trouve qu’il lui manque quelques fonctions bien utiles à Illustrator, comme le dégradé de formes, le filet, mais en revanche, quelle gestion des tracés! C’est le logiciel le plus impressionnant, à mon sens, dans le graphisme libre.
- Scribus, que je connais depuis peu, et qui est aussi le moins abouti des logiciels que j’aime utiliser. Il manque de certaines fonctions indispensables, aujourd’hui, à des logiciels de mise en page, et je les note dans un coin pour les remonter par la suite aux développeurs. Professionnellement, il a fait ses preuves: Le Tigre est un tabloïd créé avec Scribus, et quelques microéditeurs ont déjà fait appel au logiciel pour mettre en page des livres entiers.
Tu es engagé dans pas mal de projets en dehors de ton travail, peux tu nous en parler.
En effet, je suis co-administrateur du forum de Dezign-Box avec son fondateur Funewik. L’ambiance d’un forum est très intéressante, dans ses échanges et la possibilité que chacun puisse y participer. En plus, l’équipe de modération est constituée de gens expérimentés (pros ou amateurs éclairés), et c’est toujours source de nouvelles astuces, découvertes… Tout ça dans une ambiance très sympa! Je co-administre également photoshopmagazine.com avec sa fondatrice Stéphanie Guillaume (stephanieguillaume.fr pour en savoir plus), mais je manque de temps pour y contribuer autant que je le voudrais, et autant que Stéphanie le mériterait.
Sorti du web, je fais partie, depuis deux numéros, des collaborateurs du magazine PulseARTS aux côtés d’Eric Caron, un journaliste extra, qui a un jour décidé, plutôt que de rentabiliser son affaire avec la pub qu’il y mettait, de laisser le magazine s’autofinancer pour le rendre entièrement gratuit. Exemplaire. Je rédige aussi des tutoriaux pour Creanum depuis l’été (ici aussi en relation avec Stéphanie Guillaume).
Et puis j’ai mon blog Calcyum, un projet que j’ai eu envie de monter pour combler une lacune: les professionnels ne sont pas sensibilisés aux logiciels libres. On en revient à la question du choix. L’infographiste doit pouvoir choisir son support de travail, comme il peut choisir son imprimeur, son client, son paillasson, son chien, son steak. C’est là l’essence du libre. Calcyum propose donc différents niveaux d’exercices, toujours au travers d’un cas pratique adaptable au monde pro, pour démontrer les qualités professionnelles des logiciels libres. Il propose aussi des news sur ces logiciels libres et sur leur utilisation, et des articles sur les initiatives culturelles d’ouverture, de partage. L’infographie est mal perçue en France. Soit c’est un « instrument du marketing », soit c’est le « refuge des passionnés ». En gros, tout est bon pour ratisser large et payer le moins possible les graphistes. Là encore, les initiatives de partage propres au monde du libre peuvent participer à redorer l’image du graphisme français, par l’engagement ou le message, ou, encore mieux, les deux ensemble.

Comment trouves tu le temps de participer à tous ces projets.
Je prends sur mon temps de sommeil et/ou de repas. Je ne veux négliger ni ma famille, ni mon travail actuel (même si comme dans tout boulot, y a des hauts et des bas).
As tu d’autres passions artistiques ou pratiques tu une activité artistique pour ton plaisir (art urbain, vidéo, photographie …)
J’aimerais, mais je préfère te renvoyer à la réponse du dessus
As tu des projets sur le feu et peux tu nous en parler
Sur le feu, non. En général, mes projets sont étudiés de longue date, et je prends le temps de les mettre en œuvre.
Quels sont les sites web que tu fréquentes le plus ou que tu nous conseillerais.
Je ne fréquente pas de sites particuliers, ça dépend du temps que je peux y accorder après avoir fait le tour des URL dont j’ai la charge. Mais dans mon netvibes, je matte régulièrement les RSS de sites sympas (et d’ailleurs j’en cherche d’autres!) comme We make money not art, Au secours j’ai un blog, Colourlovers (très utile!), Notcot, Fresh moji daily, etc.
Pour les indés (et les autres aussi),je conseille Marie///Julien qui est récent mais bourré de ressources et de conseils.
Au niveau des communautés, et à part Dezign Box, je fréquente RootsArts (le webzine des communautés, de plus en plus mature), et diverses communautés en dilettante. Je participe de moins en moins malheureusement.
Quelles sont les applications en ligne (web 2.0 ou pas) que tu trouves vraiment utiles.
Je ne suis pas fan des applis en ligne. Ce n’est pas que je n’ai pas confiance, mais à part le panel proposé par Google, je n’ai pas flairé grand chose. J’aime bien le Bloc-Notes, très utile quand on fait des recherches sur le web. Il a beau être récent, il m’est presque devenu indispensable. Desktop est pas mal aussi.
En tant que créatif quelles sont tes sources d’inspirations.
Comme la plupart des graphistes: tout. Même le pire, qu’on peut toujours améliorer.
Y a t’il quelque chose que tu voudrais rajouter.
J’aurais beaucoup de choses à ajouter parce que je suis bavard, mais je te ferai grâce de mes élucubrations.
pixenjoy :
Je remercie vivement Thibaut d’avoir sacrifié un repas pour partager avec nous sa vision du graphisme et nous parler de ses activités.

Un commentaire
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le 18.12.07 (14:17)
Quelle rapidité Gilles! Merci pour cette interview