Design : l’image
Cet article s’insère dans une série d’articles consacrée aux éléments du design. L’image dans un design peut être absente, discrète, présente ou omniprésente. Sa fonction est multiple et dépend du contexte dans lequel elle s’insère. Dans tous les cas, elle ne laisse jamais indifférente.
Introduction
Alors que le texte transmet ses informations de façon progressive et linéaire, l’image livre ses informations de façon globale. Les signes visuels de l’image sont épars et perçus simultanément. L’observateur parcours l’image, repère certains signes, les associes et en déduit du sens. L’image semble moins fiable que le texte car le destinataire interprète les signes qu’il observe en fonction de sa personnalité, de son expérience, de ses connaissances, de son imagination, de son inconscient … On comprend alors pourquoi ces interprétations peuvent diverger d’un individu à l’autre.
Malgré cela, l’image peut être un puissant vecteur de communication. En effet, une image peut transmettre des informations, des impressions, des émotions, des idées, du plaisir … dans tous les cas elle laissera rarement indifférent.
La communication par l’image
Sens de lecture d’une image
Une image peut être décodée selon deux niveaux : un sens dénoté et un sens connoté.
Le sens dénoté
Le sens dénoté d’une image correspond à la réalité de ce qu’on perçoit, reconnait puis nomme.
Par exemple si on me montre la photographie d’un chien, je perçois ses formes, ses textures, sa masse, ses couleurs … puis par analogie de mes représentations je reconnais cet objet comme étant un chien.
Le sens dénoté est donc la reconnaissance la plus neutre du signe iconique.
Le sens connoté
Le sens connoté (connotation) est celui qui s’ajoute au sens dénoté. Toutes image peut induire chez l’observateur un certain nombre d’interprétations qui s’ajoutent au sens dénoté. Le sens connoté renvoie aux images qui peuvent être associées à l’objet reconnu par des références culturelles, personnelles, inconscientes, sociales de l’observateur.
Par exemple, la photographie du chien peut me faire penser à la notion de fidélité. Une photographie d’une flamme pourra me renvoyer à des images de guerres, de danger, d’incendies ou de chaleur, de feu de camp, d’énergie.
Attention, ce sens connoté est variable selon les individus, le contexte, la culture.
Influence des codes
Notre rapport au monde est définie par un ensemble de valeurs profondément ancrées dans notre univers mental. Ces valeurs sont issues de notre culture, de nos mœurs, de nos croyances, de notre philosophie, de notre éducation … Ces valeurs ont façonné en nous un mode de pensé, des idéologies et des codes que nous partageons plus ou moins fidèlement avec les membres d’un même groupe culturel.
Tous ces codes intériorisés peuvent être réactivés à la lecture de l’image de façon plus ou moins élaborée selon le répertoire culturel de l’observateur. Ces codes sont largement mis en scène dans les publicités afin d’élargir les connotations de l’image et ainsi convaincre le destinataire par des procédés ludiques et esthétiques qui se rapproche plus de la séduction que de l’argumentation rationnelle.
Les codes comportementaux
Nous reconnaissons presque inconsciemment des codes comportementaux (gestes, attitudes, postures, rituels …) comme étant des signes annonciateurs d’un statut social, d’une humeur, d’une identité, d’une pensée, d’un rapport de force …
Une partie de notre gestuelle est donc codifiée par notre culture. Ainsi la reddition est codée par les mains levées, la révolte par un poing levé, l’arrêt par une main à plat qui fait face.
Les codes ornementaux du corps et de l’espace
Le maquillage, les vêtements, les tatouages, les uniformes, l’architecture sont autant de codes culturelles qui participent à notre vison du monde.
Les codes symboliques et signalétiques
On les retrouvent dans les blasons, les emblèmes, les pictogrammes, les symboles à valeur religieux, politique, philosophique, scientifique …, les codes de circulation et la signalétique urbaine.
Figures de styles
Comme en littérature, l’image peut utiliser des figures de styles pour exprimer plus efficacement une information.
La métaphore
Une métaphore consiste à rapprocher un comparé et un comparant qui appartiennent à deux univers différents. Le point qui les réunis attire l’attention de l’observateur par un effort d’interprétation. Cette technique permet de rendre plus concrète une idée abstraite. C’est aussi un procédé créatif qui fait appel à l’imaginaire du destinataire. Enfin, les métaphores sont propres à susciter des réactions émotives (amusement, admiration, dénigrement …) selon la nature burlesque, positive, négative du comparant.
Pour en savoir plus sur les métaphores et le webdesign, je vous invite à relire ma traduction de l’article de Larissa Meek : « Visual Metaphors: 7 rockstar examples on the web »
La métonymie
L’image à valeur métonymique dans le sens où elle cadre une fraction d’une réalité plus large. Lorsque nous observons un gros plan qui isole une partie d’un objet, d’un paysage, d’un personnage, notre attention se porte sur la partie isolée mais notre imaginaire et nos références comblent les parties manquantes.
Cette technique permet de mettre en place un impact plus fort sur une fraction d’un tout. Elle permet également de faire travailler l’imagination de l’observateur.
La part de l’inconscient
Certaines images éveillent en nous des émotions diverses: désir, trouble, angoisse, phobie … qui sont issus de notre perception du monde la plus archaïques. Cette perception est issus de notre inconscient qui est porteur d’interdits sociaux et culturels transmis par notre éducation. Notre inconscient participe donc, souvent à notre insu, à la lecture du message véhiculé par une image.
Les fonctions de l’image
On peut distinguer plusieurs types d’images si l’on prend leur fonction comme critère de regroupement.
Images informatives
Parmi les images informatives on trouve les graphiques, les schémas, les diagrammes, les photos de produit …
Une image informative peut être:
Référentielles
L’image accompagne le texte pour témoigner d’une façon visuelle l’information décrite. C’est le cas d’une photo qui illustre l’article d’un journaliste.
Didactiques
L’image explicite un texte pour pour favoriser sa compréhension. C’est le cas d’une illustration technique dans un mode d’emploi.
Images non informatives
Parmi les images non informatives on trouve les illustrations, les textures, les motifs, les encadrements …
Les images non informatives peuvent avoir un rôle:
Phatique
Une image à un rôle phatique si sa fonction est d’attirer l’attention de l’observateur (flèche, puces …)
Pragmatique
Une image à un rôle pragmatique si sa fonction est d’établir un lien affectif avec l’observateur et de le conduire à plonger dans un rapport subjectif avec l’objet représenté.
Esthétique
Une image à un rôle esthétique si sa fonction est de procurer chez l’observateur un sentiment de plaisir par le simple fait de sa beauté. L’esthétisme de l’image doit s’intégrer à la la tonalité graphique du design.
Incitative
Une image à un rôle incitatif si sa fonction est de déclencher une décision, une action chez l’observateur (acte d’achat, adhésion à une cause, don pour une association …)
Conclusion
L’image est un outil polysémique (plusieurs sens) capable d’engendrer de multiples interprétations. C’est à la fois un avantage et un inconvénient. Un avantage, parce que une seule image peut véhiculer un nombre considérable d’informations, et un inconvénients parce qu’elle peut entrainer des interprétations non désirées par l’émetteur de la part de l’observateur.
Pour réduire le caractère polysémique de l’image, celle-ci peut être accompagnée d’une légende, d’un titre ou d’un slogan qui ancre l’image dans une signification précise, réduisant ainsi l’interprétation subjective.
Quoi qu’il en soit, que l’image soit informative ou non, elle reste souvent au second plan pour se mettre au service du texte.
Sources :
- Ouvrage « Graphisme et ergonomie des sites web » – Cristina Barroca – Édition Dunod
- Ouvrage « Petite fabrique de l’image » – JC Fozza, AM Garat – Édition Magnard
- Ouvrage « Français, méthodes & techniques » – F. Crépin, C. Desaintghislain, E. Poulzagues-Daemon – Édition Nathanadidas

4 commentaires
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le 09.10.08 (22:16)
Vraiment très intéressant, merci pour cet article, et plus généralement pour tous les autres aussi =Þ
le 10.10.08 (08:48)
Merci Arelius pour ton commentaire,
En fait, j’ai hésité à publier cet article sur l’image car je ne le trouvais pas suffisamment complet.
Il y a tant de choses à dire sur le rôle de l’image dans le langage graphique.
Finalement, je me suis dit qu’il était dommage que cet article dorme dans mes brouillons. Je le mettrai à jour surement ultérieurement pour le compléter.
le 10.10.08 (11:16)
Article réellement intéressant et enrichissant, merci de l’avoir partagé
le 13.10.08 (09:16)
Merci pour cette révision
Très intéressent !