25.07.08 A quoi sert le webdesign ?
Rubrique Webdesign
[Article réécrit et mis à jour]
A quoi sert le webdesign ? Cette question pourrait sembler naïve. Cependant, il me semble intéressant d’essayer d’y répondre car l’idée que l’on se fait du webdesign se limite trop souvent autour de considérations uniquement esthétiques.
Introduction
Une fois de plus, je ne parlerai dans cet article que du design web.
Tout le monde, et c’est bien normal, ne possède pas de connaissances approfondies du design graphique et n’a pas forcément acquis une culture visuelle pointue.
C’est la raison pour laquelle le webdesign est perçu par la majorité des gens comme un artifice esthétique dont le rôle est de décorer un site. L’appréciation d’un travail de webdesign se concentre alors autour d’une seule préoccupation : “Est-ce que c’est jolie ?” et les commentaires se limitent trop souvent autour de remarques subjectives du style “je n’aime pas, il y a quelque chose qui me gène, et puis le jaune me fait trop penser au site de La Poste”.
Juger un webdesign en ne prenant en compte que l’aspect chromatique par exemple est une démarche insuffisante car il existe bien d’autres critères à évaluer. De plus, rien ne vous garantit que vos préférences colorimétriques feront l’unanimité auprès de vos utilisateurs. Et puis, faites vous un site uniquement pour satisfaire vos goûts personnels ou pour communiquer avec l’ensemble de vos internautes ? Nous savons tous que “les gouts et les couleurs” sont basés sur des considérations qui nous sont propres et sont donc aussi variables qu’il existe d’individus. David Hume, au XVIIIe siècle, a écrit : « La beauté n’est pas une qualité inhérente aux choses elles-mêmes, elle existe seulement dans l’esprit qui la contemple, et chaque esprit perçoit une beauté différente ». Obtenir un accord unanime sur ce seul critère est donc une utopie, et c’est “tant mieux” car c’est ce qui permet la diversité et la richesse de notre environnement. Que serait notre monde si tout était uniforme ? … il serait ennuyeux.
La beauté
Pour rappel, voici une définition de la beauté trouvée sur Wikipédia :
“Le beau est communément défini comme la caractéristique d’une chose qui au travers d’une expérience sensorielle (perception) procure une sensation de plaisir ou un sentiment de satisfaction ; en ce sens, la beauté provient par exemple de manifestations telles que la forme, l’aspect visuel, le mouvement, le son, la saveur, l’odeur.”
On voit à travers cette définition à quel point la notion de beauté peut être abstraite et dépendre de la perception d’un individu.
Néanmoins, il semble que l’homme ait tout de même une idée plus ou moins précise de ce qui est beau et de ce qui ne l’ai pas. Souvent les critères de beauté sont issus des canons que l’on rencontre dans la nature (couleurs, symétrie, proportions, harmonie, équilibre …). Tous ces éléments nous servent de références inconscientes dans nos jugements esthétiques. A cela s’ajoutent des facteurs culturelles, sociologiques, historiques et philosophiques qui enrichissent et complexifient la notion de beauté.
On peut aussi penser que la notion de beauté s’apprend. Je pense que notre sensibilité au beau se développe avec ce que l’on a l’habitude de voir. C’est l’une des raisons pour laquelle on trouve de la beauté dans la nature. En effet, n’est ce pas l’environnement dans lequel l’homme a évolué depuis son origine. De même les critères de beauté féminine du 21 ème siècle, ne sont ils pas dictés et acceptés par le biais d’un matraquage publicitaire dont nous faisons l’objet quotidiennement ? Il y a donc aussi une forme d’éducation à la beauté par imprégnation. Les artistes, les designers, les publicitaires, les photographes, les créateurs ont donc une responsabilité importante et jouent un rôle non négligable dans cette éducation à la beauté.
Bref, la beauté est un concept complexe et abstrait et il n’est pas évident que NOTRE notion du beau soit partagée par l’ensemble des internautes. Il est donc important de ne pas prendre l’esthétisme comme unique critère de jugement dans l’appréciation d’un webdesign.
Attention, je ne suis pas en train de dire qu’il faut accepter un site que vous trouvez inesthétique, je dis seulement qu’il faut parfois se méfier de son propre jugement en terme d’esthétisme et qu’il faut ouvrir son appréciation à d’autres critères que celui de la couleur par exemple.
Les fonctions du webdesign
Qu’est ce qu’un bon webdesign et qu’est ce qu’un mauvais webdesign ? Pour en juger il faut connaitre les fonctions réelles et les objectifs du design web (cependant pour avoir une première idée de ce qu’est un mauvais webdesign, allez faire un tour sur MySpace ou SkyBlog).
Voici une liste non exhaustive des fonctions principales du webdesign :
1. Créer/refléter une identité
Toute entité (publique, associative, privé …) a besoin de se construire une identité propre pour exister, être reconnu et se distinguer des autres.
Une identité permet également de fédérer un ensemble d’individus (collaborateurs, clients, prospects, partenaires …) qui se reconnaissent dans l’image et les valeurs que renvois cette identité.
Une identité bien définie améliore la crédibilité d’une entité et développe son capital confiance auprès des individus.
Un webdesign doit refléter l’identité d’une entité si celle-ci est déjà définie dans d’autres supports de communication. C’est souvent le cas lorsqu’une entreprise décide de mettre en place un site vitrine ou de e-commerce par exemple.
Dans d’autres cas, le webdesign devra créer une identité neuve : site pour annoncer un évènement ou le lancement d’un nouveau produit … Il s’agira alors d’étudier attentivement la concurrence pour trouver les éléments de distinction qui permettront au webdesigner d’élaborer une identité unique et originale. L’identité pourra également transmettre une ambiance, des valeurs ou un message.
2. Communiquer
Le webdesign est avant tout un exercice de communication. Cette communication se retrouve sous différentes formes :
Offrir une expérience sensorielle, émotionnelle
Un webdesign est une composition subtile de photographies, d’illustrations, de couleurs, une ambiance, une atmosphère, des métaphores… bref tout un langage graphique non verbal qui procure des sensations visuelles, voir auditives. Tous ces éléments peuvent faire ressurgir, chez le visiteur, des souvenirs, des émotions et des sensations lui permettant de (re-)vivre une expérience particulière qui fera qu’il adhèrera ou pas à l’univers qu’on lui propose.
Ce type d’expérience est particulièrement mis en avant sur des sites de type “lancement de produits” ou des sites de grandes marques qui souhaitent obtenir l’adhésion d’une certaine cible d’internautes par identification à un univers et aux valeurs qu’il transmet.
Apporter de la valeur ajouté au contenu
Le contenu texte d’un site peut être renforcé par des illustrations, des photographies, des schémas, des pictogrammes. Parfois une seule illustration peut exprimer ce que le texte n’arriverait pas à exprimer avec une centaine mots. Chacun sait à quel point la concision est importante sur le média web, le confort de lecture étant moindre que sur support papier. Dans ce contexte, le langage non verbal du webdesign apporte donc une valeur ajouté précieuse. Cependant souvenez-vous que le webdesign n’est pas du maquillage et par conséquent ne pourra pas masquer un mauvais texte ou un mauvais contenu.
Professionnaliser l’image
L’être humain est sensible à l’apparence visuelle des choses. Dans un webdesign, la qualité, la cohérence graphique, la finition, une interface bien structurée transmettront indéniablement une impression positive à votre site, un sentiment de fiabilité. Le ressenti de l’internaute se fera dès les premières secondes, non pas sur la base du contenu (le texte, les fonctionnalités) mais du contenant (le webdesign). Ainsi, la fiabilité de la forme (le contenant) aura un impact immédiat sur la fiabilité du fond (le contenu). Soigner le webdesign pour transmettre une image professionnelle rassurera l’internaute et captera sa confiance.
Traduire une stratégie marketing : le message
Etablir une stratégie marketing permet de pérenniser les ventes en se différenciant de la concurrence, en répondant aux besoins des consommateurs, en innovant. A partir de cette stratégie marketing, une marque où une entreprise définie donc un message que le design doit communiquer clairement.
Le message, tel que nous l’entendons ici doit répondre à la question : “Qu’est ce que je propose comme bénéfice à ma cible ?”
Pour répondre à cette question, le message doit décrire les avantages de votre offre (produits, services), avantages qui correspondent aux attentes de la cible. Le message doit également étayer les arguments qui justifient les avantages promis. Il peut s’agir de la description des caractéristiques distinctes du produit ou du service.
Par exemple, l’argumentaire d’un message publicitaire est souvent construit à partir de trois éléments :
- Des éléments informatifs : De quoi s’agit-il ? Quel est la valeur ajouté du produit, du service ?
- Un stimuli affectif : humour, décalage, érotisme, imaginaire, rêve, questionnement, choque … Le stimuli affectif éveille l’intérêt de la cible, joue un rôle de séduction et établie un ancrage dans la mémoire. (C’est sous cette forme que la publicité nous manipule).
- Un engagement à l’action : incitation à appeler un numéro de téléphone, à remplir un formulaire, à visiter un magasin, à acheter un produit …
Le webdesign va fédérer tous les éléments du message et créer une tonalité graphique en adéquation avec ce message.
Le webdesign est donc un outil de communication pour :
- Attirer l’attention et réveiller notre interêt.
- Mettre en exergue un message particulier et le distinguer des autres parmi une multitude d’informations.
- Rendre le message plus percutant, plus efficace, plus mémorable.
- Réaliser la meilleure communication possible avec les éléments dont ont dispose.
3. Renforcer les recommandations ergonomiques
L’ergonomie et le graphisme sont des disciplines qui collaborent pour améliorer l’expérience utilisateur. En effet, le graphisme est par exemple le meilleur moyen de mettre en place une hiérarchisation de l’information par des rapports de contraste (couleurs, positions, tailles, textures, formes, orientations) afin de guider le regard de l’internaute (flux) ou lui faciliter la perception d’informations clés. Le graphisme permet également d’appliquer certains grands principes de la Gestalt (loi de proximité, loi de similarité …) qui facilite la lecture et la compréhension de l’information.
4. L’esthétisme
Oui, l’esthétisme joue aussi un rôle important. Nous avons vue dans la définition de la beauté que celle-ci procurait une sensation de plaisir à travers les sens. Un web design esthétique procure donc une certaine satisfaction à l’internaute ce qui améliore son expérience et sa perception du site.
L’esthétisme d’un site ne s’obtient pas uniquement par le choix d’une palette chromatique. L’harmonie, l’équilibre, les espaces améliorent également la beauté d’un site, tout comme la cohérence, la hiérarchisation, le choix pertinent d’images et d’illustrations de qualités, la typographie etc.
Ce qui est donc important de retenir, c’est qu’un bon webdesign ne se base pas uniquement sur des critères esthétiques mais avant tout d’efficacité. Un webdesign efficace organise des éléments graphiques qui communiquent une information à un groupe de personnes ciblé. Pour cela, le webdesign utilise un langage visuel dont je reparlerai dans de prochains articles.
Conclusion
Nous avons vue qu’il était réducteur de considérer le design web uniquement sous un angle esthétique. Le webdesign doit être évalué sur un éventail plus large de critères pour en apprécier la pertinence.
Pour en faire prendre conscience aux commanditaires, il revient au graphiste d’expliquer que le webdesign se soucis davantage des besoins et du profil de l’auditeur, de la cible, que de ses préférences et de ses goûts personnels (Attention, ce message n’est pas forcément facile à faire passer, à nous de prendre des cours de communication interpersonnels). Le graphiste a également tout interêt à expliquer sa démarche créative au client pour le convaincre de la pertinence de ses choix. Enfin le graphiste doit avoir une écoute active du client afin d’apporter une réponse adéquat à ses besoins.
Il faut également comprendre qu’un site se design différemment selon sa stratégie et ses objectifs. Un site institutionnel à vocation informative ne sera pas abordé de la même manière sur le plan du webdesign qu’un site mis en place pour le lancement d’un produit de marque destiné à une population “fashion”.
Pour conclure, un webdesign réussi ne suffit pas pour faire le succès d’un site. Celui-ci s’obtient en réunissant plusieurs disciplines que sont par exemple, outre le design, l’ergonomie, l’architecture d’information, la pertinence du contenu, la performance de la bande passante, le référencement, le marketing …
Sources et autres liens :
Article de Vincent Bénard sur les archives de site Veblog : A quoi sert le graphisme sur un site web
Pour aller plus loin :
Design Critiquing sur le blog “Veerle’s blog”
Under The Loupe #3: Critiquing sur le blog “Jason Santa Maria”
Abonnement au flux RSS
8 commentaires - S'abonner aux commentaires via RSS - (URL de trackback)
le 25.06.08 (22:42)
C’est tellement vrai…
le 03.07.08 (08:45)
Merci pour ce petit cours en accéléré!
Bien utile!
le 31.07.08 (14:07)
Je lance le débat :
Est-ce que le webdesign est un art ?
le 31.07.08 (14:34)
Bonjour Martial,
Est-ce que le webdesign est un art ? Débat intéressant.
A mon avis oui et non (je suis pas Normand pour rien)
Le webdesign n’est pas de l’art au sens “art plastique” même si il utilise parfois les mêmes outils (crayon, couleurs, photographies, illustrations …). En effet, il répond aux besoins d’un tiers (le client), il doit résoudre un problème et communiquer un message avant tout. Le webdesign a donc des contraintes que l’art plastique n’a pas. Alors que le web design répond à des besoins objectifs avec des buts bien définis, l’art plastique est purement subjectif et ouvert aux interprétations personnelles.
On pourrait davantage parler pour le webdesign, d’art “appliqué”
Le webdesign est un art dans le sens où c’est un acte de création mais je pense que ça s’arrête la.
L’art plastique est une activité dont la motivation est purement personnelle, dont le but est de s’exprimer sous une forme ou sous autre. Un artiste plasticien présente aux autres son monde intérieur ou sa vison personnelle du monde avec son propre langage, à travers ses créations.
Le webdesign présente au monde un message clair, impactant, informatif et objectif en utilisant les codes d’un langage non verbal bien défini.
Voila comment je comprends les choses sur le sujet.
Tu lances le débat mais oublies de nous donner ton avis donc je te renvois la question, pour toi le webdesign est il un art ?
le 19.09.08 (15:31)
Certes, certes. Sauf qu’encore une fois, on confond webdesign et… communication, art, création graphique, etc.
Définition Wikipédia : « En francophonie, le terme web design est souvent utilisé à contre-sens de son acception anglaise et confondu avec la seule création graphique. Le webdesign désigne la conception de l’interface web : l’architecture interactionnelle, l’organisation des pages, l’arborescence et la navigation d’un site Web. »
Les considérations graphiques et esthétiques ne sont alors que complémentaires (et non principales comme l’énonce ce billet) et relèvent d’ailleurs d’autres corps de métier : directeur artistique, (info)graphiste, etc.
C’est un peu comme si l’on confondait l’architecte et le décorateur d’intérieur
le 20.09.08 (11:19)
Bonjour tetue,
C’est vrai que dans mon esprit le webdesign ne concerne que la partie graphique et communication.
Pour moi l’architecture de l’information, l’ergonomie, l’intégration son des domaines à part pris en charge par des spécialistes de ces domaines
Certes, un bon webdesigner doit avoir de bonnes notions dans ces spécialités mais son expertise se situe (toujours selon mon point de vue) surtout au niveau graphique-communication.
Je considère que le DA, l’infographiste sont des webdesigner lorsque leurs créations s’appliquent au web.
Maintenant, peut être que je me trompe.
Le terme webdesign est tellement utilisé à tord et à travers qu’il est difficile de lui trouver une définition précise et unanime.
le 20.12.08 (01:20)
Article très intéressant. Il m’a permis de mieux ciblé ce qu’est réellement le Webdesign.
Je suis passionné depuis peu par le Webdesign est suis content d’être tombé sur un blog francophone. J’ai l’impression que la blogosphère ayant comme sujet le “Webdesign” est beaucoup moins développée en France qu’outre Atlantique. Avez vous la même impression ?
Pour participer au débat, je suis assez d’accord avec l’idée que tu te fait du Webdesign Pixenjoy.
J’ai viens de me lancer dans l’aventure du “bloging” en créant un blog qui est justement porté sur le Webdesign. (visible en cliquant sur mon pseudo si ça vous dit)
le 20.12.08 (10:15)
Merci Rémi pour le commentaire.
Oui il y a plus de ressources Anglophones sur le webdesign mais la blogosphère Anglophone est aussi beaucoup plus nombreuse que la Francophone. Sans compter les non Anglophones d’origine qui rédigent leur articles en Anglais pour toucher plus d’internautes.
Je suis allé voir ton blog, très intéressant. On est jamais trop nombreux à partager nos connaissances. Je vais suivre de prêt tes publications.